Transmettre les compétences à l’ère de l’IA

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Dans un monde où les technologies progressent plus vite que les organisations, transmettre les savoirs devient un enjeu stratégique de survie et de performance. L’intelligence artificielle promet des gains d’efficacité impressionnants, mais elle ne remplace pas la transmission humaine. Pour les dirigeants, un enjeu clé se dessine : comment articuler outils digitaux et lien humain pour pérenniser l’intelligence collective ?

L’IA, catalyseur de savoirs formalisés

L’intelligence artificielle est désormais capable de capter, structurer, indexer et restituer une masse impressionnante de connaissances. Elle peut accompagner les experts dans la formalisation de leur savoir, ce qu’ils portent "entre les deux oreilles", en les aidant à produire rapidement des supports de formation, des capsules pédagogiques ou des contenus à forte valeur ajoutée. La voix, l’image, les textes… tout peut être converti en ressources exploitables à la demande.

Ainsi, l’IA devient un puissant levier d’accessibilité : elle permet de retrouver "la bonne information au bon moment", comme si l’on posait une question à un collègue expérimenté. Plus besoin de chercher dans des dossiers interminables, ni de se perdre dans des documents partagés : l’apprentissage gagne en fluidité.

Mais cette puissance de traitement ne suffit pas.

Le lien humain, irremplaçable pour transmettre l’implicite

Si l’IA excelle dans la gestion des connaissances explicites, elle reste incapable de transmettre l’implicite : ces gestes métiers, ces réflexes professionnels, cette finesse relationnelle ou ce sens politique qui ne s’écrivent pas. Ces savoirs-là ne se capturent ni dans un fichier, ni dans une vidéo. Ils se transmettent dans la durée, par le vécu, l’observation, la confiance.

Un portefeuille client ne se transmet pas par procédure. Un leadership inspirant ne s’enseigne pas dans un tutoriel. La culture d’un métier, d’une organisation, d’un écosystème, se vit au quotidien. Elle repose sur des interactions humaines, sur un échange, sur un apprentissage qui est autant affectif que cognitif.

Transmettre, ce n’est pas seulement informer. C’est transformer. Et cela suppose un terrain de confiance, de reconnaissance, d’engagement partagé. Ce terrain-là ne se code pas.

L’intelligence humaine, socle de la performance durable

Face aux bouleversements technologiques et à la tension sur les compétences, les entreprises qui réussissent sont celles qui savent allier deux dimensions fondamentales : la structuration des savoirs grâce aux outils, et la mobilisation des talents autour d’un socle commun d’expérience et de vision. Cela implique une stratégie de transmission hybride, à la fois rationnelle et incarnée.

Dans cette logique, la transmission devient un levier de performance globale et durable. En intégrant les dimensions humaines, technologiques et organisationnelles, elle permet non seulement de préserver les expertises critiques, mais aussi de renforcer la résilience collective, d’accélérer la montée en compétences et de faire émerger une culture d’entreprise vivante et évolutive.

Une responsabilité dirigeante, une opportunité stratégique

C’est là que les dirigeants ont un rôle clé à jouer. Veiller à ce que les compétences ne s’éteignent pas avec les départs, anticiper les risques de rupture de transmission, construire un modèle d’apprentissage continu : autant d’enjeux qui relèvent de la stratégie, et non de la seule gestion des ressources humaines.

Cela suppose aussi de revaloriser le mentorat, l’accompagnement intergénérationnel, les communautés de pratiques. L’IA est un accélérateur. Mais la valeur se crée dans l’interface : là où les savoirs techniques croisent l’expérience humaine.

On ne transmet que si l’on se sent en confiance. Dans un monde où tout s’accélère, prendre le temps de transmettre devient un acte de leadership.

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